PAGE EN CONSTRUCTION
En faisant des recherches sur Yves Honoré*, enfant abandonné à la naissance parti chercher fortune au Congo, j'ai découvert les dossiers d'une quarantaine de ses camarades qui sont également passés par l'école d'horticulture de l'Assistance publique de Villepreux (future Ecole Le Nôtre) avant de partir dans les colonies françaises (Madagascar, Comores, Afrique du nord, de l'ouest, Afrique équatoriale, Guyane et même Nouvelle-Calédonie). Ces dossiers contiennent beaucoup de lettres envoyées au directeur de l'école et décrivant leurs vies. La Revue annuelle des anciens élèves de l'école, comportait aussi une rubrique "L'Ecole aux colonies" qui reprend une partie de ces lettres et les complète.
Ce phénomène aura duré une courte période, des années 1890 jusqu'à la Guerre de 14. Quelques uns auront réussi à s'établir sur place (notamment à Madagascar), mais la plupart seront morts très vite d'une maladie tropicale ou auront choisi de revenir en France dans un poste moins risqué.
Je vais mettre progressivement leurs biographies résumées et les informations de contexte sur cette page. Merci de citer les références si vous êtes amené à utiliser des extraits des textes.
* Voir page Publications : Yves Honoré au Congo, la vie aventureuse d'un enfant abandonné (1884-1930), Edilivre, 2022
Charles Chalot, le précurseur
Charles Chalot sera le premier des anciens élèves de l'Ecole à tenter l'aventure aux colonies. Et une vraie aventure, puisqu'il commencera, en 1891, par participer à une mission d'exploration au Congo. Il sera ensuite responsable pendant 10 ans des jardins de Libreville, avant de finir sa carrière comme responsable du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne et enseignant.
Les premiers essais, en Algérie, pour une "mise en valeur raisonnée des colonies"
L'école participe aux tentatives pour fixer des colons agricoles en Algérie, en envoyant, en 1892, 3 élèves (Gaston Jules Capiez, Henri Penot-Vreck et Albert Aveline) dans l'école Roudil (Ben Chicao, à côté de Médéa). Ce sera un échec, ils reviendront au bout d'un an et l'école n'enverra plus d'élève à Ben Chicao.
Le trio de Madagascar
Trois anciens élèves de l'Ecole partiront à Madagascar et y feront souche, contrairement à la plupart de leurs camarades partis dans d'autres territoires.
Emile Delgove et Maurice Nicolas, issus de la même agence de l'Assitance publique (Château-Chinon) passeront d'abord par le Jardin d'essai de Tunis avant de rejoindre Madagascar sur des postes dépendant de l'administration coloniale, en 1900 pour Emile Delgove, en 1903 pour Maurice Nicolas.
Le troisième et dernier, Louis Jules Richard, issu de l'agence de Dol-de-Bretagne, tentera l'aventure, en 1903, auprès d'un employeur privé, puis à son propre compte, au prix de gros déboires.
Voici leurs témoignages :
Les "quatre du Jardin d'essai de Tunis"
Pour les anciens élèves de Villepreux, le Jardin d'essai de Tunis était, en 1897, pratiquement le seul lieu de préparation à l'agriculture coloniale (le Jardin colonial de Nogent-sur-Marne remplira ensuite cette fonction de fin 1899 à 1907). Cette année-là, ils y seront quatre : Emile Delgove et Maurice Nicolas (voir ci-dessus), ainsi que Joseph Ehrmanne et Gustave Kruger dont les biographie suivent. Si Gustave Kruger s'est installé en Tunisie et y est resté, Joseph Ehrmanne, d'abord placé en Nouvelle-Calédonie, s'est retrouvé muté en Côte d'Ivoire, dont le climat lui a été fatal.
Le Jardin d'essai de Tunis accueillera encore quelques anciens élèves de Villepreux, qui s'établiront ensuite en Tunisie -au moins pour un certain temps.
C'est le cas d'Adrien Loddé (arrivé en 1900) et de Joseph Xavier Curotto (arrivé en 1902) :
Mais un personnage incontournable de ce Jardin d'essai de Tunis sera Lucien Guillochon, qui en sera directeur de 1898 jusqu'à sa "désaffection" pendant la guerre de 14. Lui aussi a été formé par l'école de Villepreux, même s'il ne remplissait pas vraiment les conditions pour y être admis. L'école ne pourra que se féliciter de l'avoir accepté comme élève.
La période "faste" du Jardin colonial de Nogent (1899 - 1902)
A partir de fin 1899, le jardin colonial de Nogent-sur-Marne, nouvellement créé par Jean Dybowski, va accueillir des anciens élèves de l'Ecole d'horticulture de Villepreux (devenue "Ecole Le Nôtre"). Leur séjour est financé par des bourses du Conseil général de la Seine. Jusqu'en 1902, ce sera une période faste : les anciens élèves de Villepreux, préparés par leur séjour dans le Jardin colonial de Nogent-sur-Seine, trouveront des postes - dans le privé ou dans l'administration - dans les différentes colonies françaises : Raoul Thévenin en Guyane, Paul Puy aux Comores après un passage au Dahomey, Louis Jacques Chambard aux Comores ; Eugène Dufossé, Henri Auguste Dor et Alphonse Edwards en Guinée ; Léon Gourinski et Yves Honoré au Congo (Gabon) et Gaston Hébert en Algérie et au Maroc.
1903 - 1908 : les années de révolte au Jardin colonial de Nogent-sur-Marne
Fin 1902 un enseignement supérieur de l'agriculture coloniale est en mis en place à Nogent-sur-Marne. Les anciens élèves de l’École Le Nôtre n'ont pas les diplômes prérequis pour y accéder. Ceux qui y sont entrés avant septembre 1902 ont eu un statut de stagiaire. Mais leurs camarades des promotions ultérieures auront, semble-t-il, un sort encore moins enviable. Alors que l'Ecole continuera à verser de l'argent pour leur formation, ils seront chargés des travaux physiques, sans pouvoir accéder à un véritable enseignement
Ils seront plusieurs à se rebeller. On retrouve notamment en 1904 -1905 la trace de contentieux entre les stagiaires et la direction du Jardin, qui aboutissent au départ de ces stagiaires et à une désaffection du Jardin colonial par les élèves de l’École Le Nôtre, alors que le département de la Seine continue pourtant à leur proposer des bourses.
Les anciens élèves de l'Ecole Le Nôtre en viendront, en 1908, à acter un complet divorce. Ils auront été une dizaine à passer par Nogent dans cette période 1903-1908.